Figures humaines solitaires aux formes essentielles.

Sophie Oldenhove questionne le corps humain et ses dualités:

vie /mort

présence / absence

force / fragilité.

De la cassure à la réparation

Je travaille la cassure et la réparation. Je casse mes sculptures pour ensuite les réparer. Je me mets volontairement dans une situation de cassure, pour passer par toutes ces étapes de recontruction en vue de retrouver un petit bout de ce qui a été perdu. Comme une catharcis ou un entrainement, dans une philosophie de résilience. Que faire quand tout s’est écroulé? Reconstruire!

Cela en devient un jeu. Et le résultat est plein de tendresse, de compassion, de nostalgie, de poésie. Ces morceaux, ces fragments qui évoquent tout le manque sont aussi d’une grande beauté suggestive.

C’est chaque fois l’émerveillement de ce qui renaît.

« Comment m’est venue cette envie de casser ? »

Ce travail est arrivé tout à fait fortuitement, suite à une casse acccidentelle d’une sculpture à laquelle je tenais beaucoup.

Alors que j’épurais de plus en plus la figure humaine pour approcher un archétype humain, j’étais arrivée à ma première sculpture grandeur nature : un petit homme. Une sculpture qui était un premier aboutissement d’une phase de recherches. J’en étais fière.

 

Et puis un jour, cette sculpture s’est renversée et a cassé en mille morceaux. Irréparable ! Elle était perdue.

Je l’ai pris comme le signe d’un tournant nécessaire.

Tristesse et nostalgie étaient mêlés à une forme de détachement forcé, un lâché-prise : c’est comme ça et on ne peut rien y changer. Il faudra repartir de là. Les sentiments éprouvés après cette perte m’évoquaient des émotions vécues peu de temps auparavant dans ma vie en traversant certaines épreuves. Comment redémarrer, (se) recontruire, quand tout semble s’être écroulé ?  Une expérience vécue dans mon entourage m’avais donné la conviction que quelque chose de très beau naît aussi des situations les plus dramatiques.

De l’image désolante des morceaux restés au sol, m’est venue l’envie de faire quelque chose de ce qui restait. J’ai passé quelques heures à manipuler les morceaux patiemment, à chercher des assemblages possibles pour retrouver un souvenir incomplet mais évocateur de cette figure disparue. J’ai admiré la beauté de ces fragments, je me suis laissée séduire par la poésie du manque. Rapidement, j’ai senti cette tentation de tout retrouver et de compléter les vides. Mais je sentais aussi cette nécessité de laisser vide le vide. Je ne récupèrerais jamais la figure entière, c’était une certitude et vouloir tout récupérer était une impasse, certainement inintéressant. Tout l’enjeu était de faire vivre ce qui restait en assumant le manque. J’ai donc commencé à assembler les pièces du puzzle en gardant l’oeil attentif à ce qui se passait. Tel un acrhéologue, un long travail de patience.

J’ai voulu reproduire cette expérience qui me semblait un point de départ  intéressant à développer. Depuis, je crée, je casse et je répare. Je laisse beaucoup de place à l’imprévu. Chaque casse est aléatoire. Chaque expérience est un nouveau défi. J’aime cette manière de travailler.

 

Dans ma première série des hommes recousus, la réparation est au centre du propos. Les fils sont bien présents et pénètrent la matière, pour remettre debout ce qui s’était écroulé.

Dans ma dernière série de fragments, la couture n’intervient plus. Le fragment est totalement assumé. Ces morceaux calcinés sont comme les restes d’une enveloppe éclatée : derniers souvenirs sublimés, témoins de l’absence et du manque.

 

 

Sophie Oldenhove

L’ « Homme recousu # GT I, 2013 »

© Sophie Oldenhove. 2020